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Cet article est la suite de l’article disponible sur : https://revistaloa.com/elecciones-del-2-diciembre-reflexion-las-causas/, réflexion sur les causes qui ont conduit aux résultats des élections régionales du Parlement d’Andalousie du 2 décembre dernier. Dans cet article, il y aura une réflexion sur les conséquences de ces élections.

Tout d’abord, je dois rappeler certains points de l’article précédent, ainsi que de nouveaux points, qui nous aideront à mieux comprendre la situation à ce moment-là.
  • Une renaissance tardive de la monarchie parlementaire représentative espagnole. Après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975, la tendance centriste de la pensée de la société s’est reflétée dans les élections législatives du 15 juillet 1977 (premières élections parlementaires depuis ceux de 1936, à cause de l’instauration de la dictature franquiste, qui a duré près de 40 ans) dans lesquels les partis modérés étaient clairement gagnants. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, gauche) a remporté 118 sièges dans le Congrès des députés (chambre basse du Parlement espagnol), et l’Union de Centre Démocratique (UCD, gauche) 165, laissant les partis plus radicaux avec une moindre représentation : le Parti communiste (PCE, extrême-gauche) a remporté 20 sièges et l’Alliance populaire (AP, extrême-droite) seulement 16. Cette tendance centriste a été également reflétée au moment de la victoire écrasante du PSOE aux élections législatives, dirigé par Felipe González (président du gouvernement d’Espagne entre 1982-1996), et par l’adoption de ses mesures sociaux-démocrates.

 

  • La crise mondiale du début de cette décennie et les populismes qu’ont apparu pendant ce période (tout cela traitée plus en profondeur dans l’article précédent). En Espagne, ces évènements ont abouti à la mort du bipartisme qui prédominait jusque-là et à l’émergence et/ou la consolidation de nouveaux partis : Podemos (gauche), Ciudadanos (droite) et Vox (extrême-droite). De plus, le premier et le troisième de ces partis auraient des idéologies plus radicales, qui contrastaient avec le panorama modéré du moment.

 

  • Le choc des nationalismes dans une société qui avance vers le libre marché mondial. Dans notre cas, c’est un choc des nationalismes catalan et espagnol. Il va sans dire que les nationalismes unissent les gens d’une même patrie et les séparent des autres, considérées comme inférieurs. Pour être clair, beaucoup de gens en Andalousie sont préoccupées par l’unité de l’Espagne.

 

  • L’absence de représentation politique de gauche andalouse, qui a entraîné un taux d’abstention de 41,35% à ces élections régionales. De nombreux électeurs de gauche ont décidé de ne pas voter, puisque ils étaient fatigués de l’hégémonie socialiste (Andalousie avait être gouvernée pendant trente-six ans par le PSOE) et déçus de Podemos.

Les résultats, pour quelque raison que ce soit, ont été ceux qui ont été. Et beaucoup de gens n’ont pas aimé cela. Ce changement radical du paradigme politique a encouragé une multitude de personnes à envahir les rues des villes andalouses en signe de protestation.

CHRONIQUE DU JOUR APRÈS LES ÉLECTIONS : LE 3 DÉCEMBRE (3D)

Mon objectif est de raconter ce qui s’est passé les jours suivants, du point de vue d’une personne qui était là et qui a vécu tous ces faits. J’essaierai d’écrire de la plus grande objectivité que ma subjectivité humaine me permet. Sans canulars, sans diffamations, sans mensonges.

Il ne semblait pas y avoir de dirigeants concrets ni de coordination dans la manifestation. Il n’y avait pas de syndicats ou de partis à la tête de cette foule de personnes. Cela compliquait considérablement le travail de la police qui, perplexe devant cette situation improvisée, a dû faire des grands efforts pour essayer de gérer le trafic. Grace à cela, les manifestants ont pu avancer soutenus par des chants contre le fascisme : « Voici les antifascistes ! ». Cette bannière a rassemblé un grand nombre de personnes de multiples idéologies, reflétées dans les nombreux drapeaux que l’on pouvait y observer. Du drapeau indépendantiste andalou au drapeau indépendantiste catalan, en passant par toutes sortes de collectifs et d’idéologies différentes, mais qui ce jour-là avançaient ensemble contre le fascisme. (Je considère comme «fasciste» tout gouvernement tyrannique autocratique qui ne respecte pas les Droits Humains).

La police n’était pas capable de gérer ou diriger cette foule de personnes qui avançaient sans direction ni dirigeants au cours des rues principales de Grenade : Recogidas, Camino de Ronda, Villarejo, Caleta, Gran Vía… Après le retour au point de départ, il y a eu un sit-in, coupant la circulation de l’une des artères principales de Grenade. On a fait bilan, on a vu que la réponse d’autres villes andalouses était similaire et, à cause du chaos, une assemblée a été convoquée l’après-midi suivant. De plus, la possibilité de camper la nuit à la porte de la mairie a été envisagée, afin d’empêcher la police de mettre fin à ce mouvement antifasciste qui était en train de se former parmi la jeunesse andalouse.

En profitant de la situation, différents groupes de travail ont été formés pour commencer à réaliser multiple travaux. Leur but : établir un camp le soir même, ayant assez de nourriture pour rester là quelques jours. Toutes les personnes présentes ont collaboré ensemble à la réalisation de ces objectifs, d’une manière ou d’une autre. Au coucher, dans des tentes ou sur des cartons, une flamme d’espoir se fait sentir dans la nuit la plus sombre.

Le matin suivant a commencé tôt, à des températures basses. Cela avait effrayé beaucoup de gens, réduisant la taille du camp à quelques dizaines de personnes. Profitant du soleil naissant et de l’absence de la police, le petit groupe de personnes a commencé à travailler son identité par le biais d’une assemblée dans laquelle il n’y avait pas de chefs, mais, encore une fois, tous travaillaient côte à côte. Là, ils ont introduit les principes qui avaient été posés dans les cartons qui ont après été le principal matériau de construction. Les médias ont également commencé à s’intéresser à ce qu’on pourrait considérer comme les vestiges du 15-M (ou mouvement des Indignés : manifestations massives et non violentes qui avaient eu lieu à Madrid en 2011) mais, cette fois-là, à Grenade. Pour changer, chacun d’eux a donné une version manipulée en fonction de sa subjectivité, de façon très superficielle.

Ces premières assemblées définitives ont décidé du mode d’organisation horizontale, un objectif à long terme consistant à arrêter l’entrée de Vox au Parlement, leur logistique et certaines étiquettes idéologiques nécessaires avec lesquels ils se sentaient identifiées : anti-homophobe, anti-xénophobe, antiraciste, anti-machiste, trans féministe, autodéfense

Vers 11 heures du matin, la police a essayé de négocier de façon amiable avec les personnes qui s’y trouvaient. Bien que je comprenne leur travail, leurs motivations et leur position, je ne peux pas m’empêcher de penser que la stratégie de la police était un chantage qui n’offrait rien et voulait tout en retour, dont le but était de désarmer progressivement le camp et de dissiper la résistance présente là-bas. La police leur a donné un délai d’une heure, pendant laquelle ils ont profité pour appeler plus de gens, pour rassembler des tentes, de la nourriture et du carton et, enfin, pour former un cordon autour de cette force de sécurité.

Compte tenu des avertissements, les médias sont venus pour enregistrer ce qui pourrait arriver. Certains d’entre eux, avaient des attitudes déplorables, comme la recherche des individus qui correspondaient le plus au profil de punk à chien ou hippie, en essayant de créer une liaison entre ce mouvement et Podemos. A cette heure-là, le mouvement n’avait pas encore suscité l’intérêt politique de personnes extérieures aux personnes impliquées. Toutefois, cela a servi à empêcher la police de jeter le camp et à le préserver jusqu’à l’assemblée qui avait était convoquée la nuit dernière.

Il est intéressant de noter que, bien que certaines personnes se soient approchées avec l’intention de déranger, de discuter, d’agresser ou de chercher tout type de conflit, il a été décidé, à main levée, d’ignorer ces provocateurs.

L’assemblée a été un chaos, dans le meilleur et le pire sens du mot. Beaucoup de gens sont venus, occupant toute la place et cette fois-ci, entre eux, il y avait des représentants des partis et des syndicats, qui avaient un discours politique prémédité dont but était d’essayer de prendre le contrôle du mouvement. A l’autre bout, il y avait des gens qui, mégaphone à la main, l’utilisaient seulement pour nourrir leur ego, en utilisant un discours redondant, absurde, qui n’avait pas relation avec le sujet traité, donc ils ne faisaient avancer l’assemblée dans aucune direction.

Face à cette redondance du discours ou à l’absence de progrès dans les points à discuter, on a improvisé un système de communication gestuelle silencieux pour donner un feedback à la personne qui parlait. Par exemple : agiter les mains en levant les bras signifiait un applaudissement silencieux, croiser les bras devant la tête en formant une croix signifiait une grande négation et faire le mouvement d’une roue avec les mains à la hauteur de la poitrine signifiait un « vous vous répétez ».

Tout ce qui avait été convenu au cours de la matinée a été discuté pour rechercher des solutions. L’approche à continu à être « horizontale », donc chaque personne pouvait donner son opinion librement, en respectant le tour de chaque un. Mais, avec la montée de l’ego qui donne un mégaphone, cette fonctionnement était beaucoup plus compliquée à gérer, même si les coordinatrices ont fait le meilleur travail possible. Je cite quelques versets que j’avais écrits au cours de cette assemblée, comme d’observation :

 

Je vois beaucoup de gens…

Je vois des collectifs avec un discours préparé,

qui appelle à l’indivision, avec des postulats et des axiomes populistes,

Et je me dis : « est-ce ma révolution ? »

Je vois des médias à la recherche de gens idéalistes,

qui permettent que les gens ordinaires rient

Et je me dis : « est-ce ma révolution ? »

Je vois des idiots exaltés par la folie des grandeurs,

qui tissent subtilement des toiles de toiles de pouvoir

Et je me dis : « est-ce ma révolution ? »

Je vois beaucoup de gens ici…

Albert Limón, aka Limoncello

 

Il y avait tant de gens que les faits se sont déroulées de telle sorte que deux groupes se sont formés. Le premier, voulait rester à organiser les commissions de quartier, on pourrait les appeler « assemblées ». Et l’autre, qui voulait manifester et changer la situation par une action directe dans les rues, qu’on pourrait appeler « réactionnaires ». La confrontation entre les deux groupes pour maintenir une unité d’action et de pensée a été résolue lorsque chacun a eu la liberté de faire ce qu’il voulait. Donc, les deux groupes se sont séparés et ont pu fonctionner correctement dans leur propre domaine.

Lors du retour triomphal d’une autre manifestation improvisée sur la Plaza Carmen (où se trouve la mairie), le groupe de l’assemblée attendait les commissions déjà organisées et séparées pour commencer à agir dans les semaines suivantes. Ces commissions voulaient avoir un rôle social et pédagogique afin d’agir directement dans les différents quartiers. Ce matin-là, le groupe était assez réduit pour que les forces de sécurité puissent enfin évacuer le peu de gens qui sont restés une deuxième nuit.

 

CONCLUSION :

Différents médias ont essayé de cataloguer et discréditer ce mouvement. Ils ont tenté fortement de l’associer à Podemos, ou au 15M ; ou pire encore, ont écrit des canulars qui disaient qu’il y avait eu de violence dans les manifestations, en utilisant de fausses preuves et d’autres types de désinformation. En fait, je pense que ce mouvement a été un autre pas dans l’apprentissage éternel de la gauche, puisque, évidemment, il n’a pas été un deuxième 15M, mais il ne voulait pas l’être non plus. Bien qu’il soit vrai que cette gauche a appris certaines choses des mouvements sociaux précédents, cette fois-ci il y avait un contexte différent, des objectifs différents et une méthode différente.

Plusieurs conclusions novatrices ont été tirées, comme le fait que le système « démocratique » ne fonctionne pas si celui-ci encourage le fascisme. Ou que le tant attendu « remède » pour la société réside dans l’éducation, dans la recherche de nouvelles formes pédagogiques qui prônent la pensée critique, l’intelligence émotionnelle et interpersonnelle et laquelle a des compétences différentes à évaluer, en se concentrant sur l’individu en tant que personne dans une société égalitaire. De cette façon, les gens seraient prêts à créer de nouveaux modèles politiques, dans lesquels les citoyens pourraient participer activement et faire des choix éclairés au cours de leur vie, ainsi que abandonner un parlementarisme dépassé qui n’a jamais bien fonctionné.

« Grenade sera la tombe du fascisme »

(Fotographs de @crzdfotografia@Davidl0c @pepberenguer@dcasasola_,   @ElSalto_And,  @Sara__Ammari & @el_limoncello)

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